Cas des forêts sacrées de quartier

La création des forêts sacrées de quartier ou forêts sacrées lieux de culte était essentiellement liée aux croyances animistes des peuples Bamiléké. Dans chaque village, la mise en place de ces forêts allait de paire avec la colonisation de l’espace par les populations. Le choix du site était effectué par un prêtre marabout du village. En général, ce sont les portions de forêts naturelles qui étaient délimitées pour servir de lieu de culte. Parfois, le choix du site était déterminé soit par un phénomène naturel, soit par un grand évènement ayant eu lieu sur ce site. Parmi ceux-ci on peut citer les chutes sur les cours d’eau (cas de la forêt de fongo tongo encore appélé forêt "mami water") , les sources d’eau  et l’enterrement d’un chef du village ou d’un ancêtre du village (cas de la forêt sacrée Fotoh).

Lorsque dans le quartier il n’existait ni forêt naturelle, ni phénomène naturel, ni grand évènement pouvant orienter le choix du site, le prêtre-marabout se chargeait de déterminer une portion de terrain sur lequel était planté l’espèce Ficus thoningii comme lieu de culte. Cette espace était alors mis en défens (interdiction d’exploitation) et au fil des années devait être colonisé par les espèces pionnières ligneuses pour devenir plus tard une forêt naturelle (CIPCRE, 2000).

Cas des forêts sacrées de chefferie

La création de la forêt sacrée de chefferie était liée à l’implantation du village. A l’origine, il y avait le climat d’instabilité qui régnait à l’époque. Il faut rappeler que la plupart des peuples de cette région étaient des guerriers. Ainsi, pendant les grandes périodes de migration des populations, chaque peuple qui arrivait dans une localité mettait en place des institutions traditionnelles chargées de gérer le territoire. A la tête de ces institutions était désigné un Chef du village. Trois principaux critères permettaient de déterminer l’emplacement de la chefferie :

- La chefferie était installée sur le flanc d’une colline et son entrée orientée de telle sorte que les populations y accèdent par une descente de pente ;

- En aval de la pente, un cours d’eau bordé de forêt devait servir de limite entre la chefferie et les plantations voisines ;

- Le flanc de la colline devait porter une forêt naturelle dans laquelle devaient être construites les cases du Chef et de ses épouses ainsi que les salles de réunions des sociétés secrètes. Comme dans le cas des forêts sacrées du quartier, un espace était délimité autour de la chefferie et était mis en défens lorsqu’il n’existait pas de forêt naturelle sur le flanc de la colline. En effet, lorsqu’on met une portion de terre en défens en zone forestière, la forêt se forme automatiquement.